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Le psychologue face au confinement et à la crise sanitaire

Psychologue et superviseure en ligne depuis 3 ans, j'ai depuis le début de ma pratique en ligne reçu beaucoup de véhémence de la part de nombreux collègues.

L'heure étant au confinement face à une crise sanitaire sans précédent, mes chers collègues sont donc obligés de se mettre également en ligne.

Je compatis face aux difficultés techniques et résistances psychiques que vous allez avoir à surmonter!

Pour les modalités techniques, je ne reviendrai pas dessus dans cette article, vous trouverez de nombreux articles traitant du sujet.

Résistances psychiques

Pour ce qui est des résistances psychiques, laissez moi juste revenir sur ce sujet un instant.

En tant que superviseure, j'aime accompagner mes collègues vers leur propre épanouissement. Aussi je ne travaille pas uniquement avec des psychologues utilisant une technique ou sortant d'une école spécifique, cela étant pour moi peu important.

Ce que j'aime dans ce travail de superviseure et le fait d'accompagner mes collègues de la même façon que mes patients, CAD dans une recherche de se rencontrer soi, sa pratique, d’être capable de remettre en question son prétendu savoir, de le colorer à sa sauce, tout en respectant l’éthique et la déontologie de notre profession.

J'accompagne les jeunes professionnels comme des adolescents en remaniement psychique face au conditionnement dans lequel ils ont évolués.

Nos 5 ans ou plus de formation représentent psychiquement l'apprentissage de valeurs et croyances et de bonnes pratiques pour être un BON psy. Ensuite, nous sommes jetés dans la nature et nous commençons à rencontrer des dissonances entre ce qu'on nous a dit de FAIRE et de NE PAS FAIRE et ce que nous ressentons.

Nous sommes alors souvent pétrifier de mal faire, aussi nous respectons scrupuleusement les instructions certaines fois en ressentant un malaise, voir en nous culpabilisant de ne pas être ... Le symptôme de l'imposteur peut prendre source à cet endroit.

Deux choix s offrent alors à nous

  •  Tenir nos croyances et nous imposer un cadre externe rigide pouvant garantir la mise à distance de nos émotions et ressentis.

Je trouve toujours étonnant l'écart entre notre capacité d’accompagner nos patients vers être soi et s'assumer et le fait que notre profession ne soit pas encore au niveau de ce que nous prônons ... (cela est un autre débat, j'en conviens!)

  • Tenir compte de nous en tant qu’être humain pensant et ressentant, et commencer un travail de remaniement psychique en s'autorisant à introjecter certaines théories et croyances et en rejeter d'autres. Ce remaniement permettra au psychologue d’être cohérent, aligné, équilibré.

A partir du moment ou le psychologue se prend en compte, il devient alors équilibré et protège ses patients et lui même. Il introjectera donc un cadre interne suffisamment sécure pour pouvoir assouplir son cadre externe.

Petit rappel : Différence entre cadre interne et externe​

Cadre externe : Là où a lieu la rencontre.

  • institution : Le patient va ou vit dans cette institution, donc le lieu n'est pas neutre à mon sens.
  • cabinet : Le patient vient chez le psy. Ce lieu vous l'avez pensé, il est fait de votre décoration, de vos odeurs, de vous en somme. Il n'est donc pas neutre.
  • domicile : Vous allez au domicile du patient, ce lieu n'est évidement pas neutre.
  • en ligne : Le patient est chez lui et vous à votre cabinet. Ce lieu virtuel (le lieu est virtuel, pas la rencontre) mais permet à mon sens une neutralité.

Chaque cadre a ses avantages et ses inconvénients.

Un psychologue pourra être confortable avec chaque cadre comme seulement avec un seul cadre.

Chaque cadre correspond à des besoins et a sa propre patientèle.

Quand vous fonctionnez avec un cadre qui vous convient et qui convient par le fait à vos patients, il est donc possible que d'autres praticiens soient plus confortables avec d'autres pratiques et cela est OK puisqu'il n'y a pas qu'UNE seule façon de faire, vu qu'il n'y a pas qu'UNE seule population de personne.

Cadre interne

Comment le psychologue est dans la relation?

Comment le psychologue se positionne, comment il crée sa sécurité interne afin d’être SUFFISAMMENT BON au sens Winnicottien.

Comment ses croyances et ses connaissances, mélangés à ses émotions et vécu ont pu s’équilibrer de façon sécure?.

En temps de crise sanitaire et de confinement

Donc, hormis les questions techniques que le confinement met à jour, les angoisses face à cette situation inédite nous met dans le même "bateau émotionnel" que nos patients.

En tant que superviseure, j'ai toujours mis l'accent sur le confort psychique du thérapeute qui est pour moi, la première chose à penser. Oui nous sommes humains et nous avons nos émotions. Émotions qui existent dans la relation thérapeutique. Ne pas les prendre en compte peut potentiellement nous mettre en difficulté pour penser notre pratique. En cette période de crise sanitaire mondiale, mon questionnement envers mes supervisés va donc dans ce sens.

Comment pouvons-nous accueillir les angoisses de nos patients ?

Comment être présent auprès d'eux étant dans le même tourbillon de doutes et de peurs, échos de nos propres peur de l'effondrement et de mort?

Comment pouvons nous installer et conserver une relation sécure, si la situation ne nous permet pas de prendre du recul sur nos propres émotions et angoisses?

Quel accompagnement proposer à nos patients?

En temps de crise, le psychisme se met en mode survie, les mécanismes de défenses infantiles se tendent face aux angoisses de mort. Donc l’idée n'est pas vraiment d'aller explorer les angoisses sous-jacentes de cette crise, sauf pour personne prête pour cela évidement.

Ce que je conseille à mes supervisés

Premièrement, ne jamais dépasser vos propres limites psychiques d’accueil en prenant en compte vos propres émotions et angoisses.

Deuxièmement, je conseille de vous assurer que tout se passe bien chez vos patients en temps de confinement et de les aider à trouver des stratégies pour éviter les crises intra-familiales. (Emploi du temps, aménagement de temps seul.e, se couper, être ensemble ...). Cela pourra ouvrir un champ de travail en lien avec leur difficultés à mettre en place certaines choses au quotidien. 

Troisièmement, l'encouragement a une vision positive de la situation. Cette situation permet de se recentrer sur l'essentiel, comment le mettre à profit?

Ce dernier aspect permet aux patients de prendre du recul et de travailler sur certaines notions et croyances sur comment doivent être et se faire les choses. (place du travail dans la vie, place de la famille, l'importance de l'argent, l'importance des petites choses....)

Pour Conclure

Prendre soin des autres c'est avant tout prendre soin de soi, s’écouter et accepter ses limites.

Le changement de cadre externe comme le confinement va chambouler nos habitudes, je vous invite donc à prendre en compte ce qu'il se passe en vous, vos émotions et vos résistances et de les travailler si besoin. 

Bon courage à tous!

Prenez soin de vous et de vos proches.

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