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La fabrique de la sécurité interne

Depuis toujours l'Homme ressent le besoin de mettre du sens à sa vie, de trouver des explications à ce qu'il voit et entend.

Les religions et les croyances ancestrales ont été pendant de longs siècles les références majeures pour expliquer le monde et les phénomènes qui nous entourent.

La science vient pour sa part interpréter de façon factuelle et objective (CAD dénué de croyances) notre monde. Parfois elle remet en question nos systèmes de croyances très ancrés (qui représentent la vision que nous avons du monde qui nous entoure) et peut donc être critiquée voir attaquée pour cela.

La question du sens est une question primordiale chez l'être humain (ce qui nous différencierait des autres êtres vivants) même si cela relève à mon sens d'un instinct de survie propre à tout les êtres vivants. Cette question est et a toujours été au cœur des préoccupations des scientifiques et des penseurs. Cela nous permet de nous situer dans l'univers (astrophysique) dans la société (sociologie), dans notre famille (psychologie), dans notre corps (médecine)...

Cette interrogation est donc en nous depuis l'enfance. L'enfant analyse tout son univers pour essayer d’interpréter le monde par rapport à ce qu'il voit et comprend des autres et de lui-même.

L'enfant analyse son monde mais fait des erreurs d’interprétations.

L'enfant est un excellent analyste. Malheureusement, son immaturité psychique et neurologique, ne lui offre pas assez de référenciels pour prendre le recul de l’interprétation. Il va donc interpréter ce qu'il voit et ressent à son échelle. Il ne se basera pas sur des faits objectifs mais sur ses ressentis. Toutes ses interprétations sur le monde et sur lui (qu'il a interprété ou qu'il a reçu comme injonction...) deviennent une vérité, LA vérité, La vérité sur LE monde.

Un des biais interprétatifs est l'amour inconditionnel qu'à l'enfant pour ses parents. Ce biais conduit l'enfant à prendre la responsabilité de ses souffrances et malheurs. "c'est de ma faute" ... Comme nous l'explique si justement Thierry Beccaro dans une interview pour Brut

Ce type de raisonnement n'est pas réservé qu'aux enfants battus. Il est naturel chez tout les enfants "qu'est ce que j'ai fait". Cela est l'une des sources de manque de confiance en soi et mauvaise image de soi " je ne mérite pas cela", " je ne suis pas digne d’être aimé" "c'est de ma faute si ..." .

Dans un environnement de vie sécure, les adultes viendront apporter un autre sens à ces interprétations, un sens plus pertinent, moins impliquant émotionnellement pour l'enfant.

Le style de lien d'attachement va permettre ou non cette mise en sens et va déterminer comment l'enfant se perçoit. L'enfant va intérioriser ces petites interprétations qui vont être validées par l’expérience et vont s'installer comme une croyance sur soi. Ces croyances formeront un prisme de lecture du monde et permettra à l'enfant grandissant de s'adapter à ce qu'il vit en fonction de cette lecture (comme il peut, en trouvant des stratégies plus ou moins efficaces).

La question du lien d'attachement est prépondérante pour la construction de la représentation de soi, des autres et de ses propres compétences et valeurs. Cette construction en 3 niveaux sera le socle de la sécurité interne de l'enfant (base narcissique).

Association Attachement Autonome (située à 10 Grande Rue de la Croix Rousse, 69004 LYON )

Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité, de façon à pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais demeure une constante dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, curiosité relationnelle et absence de crainte face à la nouveauté ou à l’inconnu. – Yvane Wiart

Le rôle du/des parents serait alors de proposer un lien d'attachement suffisamment souple qui lui permettrait d'aller explorer le monde et de revenir en toute sécurité. Ces allers-retours lui permettent de se confronter à d'autres modes de fonctionnement et de revenir pour mettre du sens, se protéger et parfois se restaurer émotionnellement. Si le foyer n'est pas en capacité de fournir un lieu sécure alors l'enfant sera limité dans l'exploration de son monde interne et du monde extérieur et la question du sens ne pourra pas être élaborer. Un lieu non sécure est un lieu où ses besoins ne seraient pas respectés, voire dénigrés (voir la pyramide des besoins de Maslow).

La théorie de l'attachement est développée par Bowlby. Il en décrit 4 styles différents.

Les 4 styles d’attachement selon Bowlby

1. Attachement insécure évitant

L’attachement évitant est caractérisé par un manque d’attention de la/les figures parentales face à la détresse de son enfant, par des réactions de colère, des moqueries et/ou de rejet. L'enfant expérimentera que sa/ses figures parentales évitent le lien d'attachement qui les relie à lui.

L'enfant apprendra petit à petit à mettre en place des stratégies d’évitement notamment en inhibant ses manifestations affectives en se couper de ses propres émotions et éprouvés pour en éviter les conséquences indésirables (les réactions négatives de la figure d’attachement). Il se clivera alors de son corps et de ses émotions (considérées comme indésirables et dangereuses) pour se focaliser uniquement sur le raisonnement intellectuel.

Cette stratégie d’évitement est comme toutes les stratégies réactionnaires une stratégie fragile car elle ne supprime pas les affects qui restent errants dans le corps et l'esprit sans pouvoir être accueillis, travaillés en en mettant du sens.

Le moindre événement pouvant secouer le sac émotionnel et ses affects peuvent se faire ressentir notamment par la colère ou les crises d'angoisses. A cette stratégie d’évitement viendra se greffer un besoin de maîtrise de son environnement plus ou moins fort, plus ou moins problématique.

2. Attachement insécure ambivalent (ou anxieux)

L’attachement anxieux/ambivalent est caractérisé par l’inconstance des réponses de la/ des figures d’attachement qui peuvent se montrer affectives et réceptives aux besoins de leur enfant, puis, sans que l'enfant ne puisse comprendre la raison, alterner avec des réactions qui viennent dénigrer les besoins de l'enfant, telles que l'intrusion ou l'absence émotionnelle et psychique (parents présents physiquement mais absents pour l'enfant). L’enfant est alors souvent perçu comme une « extension » de son parent, pour lequel ce dernier a tendance à ne pas respecter les limites de son intimité, à envahir sa sphère privée par des comportements intrusifs (contact physique envahissant, lit le journal intime, veut avoir accès au compte en banque une fois adulte, etc.) et vit très mal les tentatives de distanciation.

Le foyer devient alors un lieu changeant provoquant un sentiment d'insécurité. L'enfant ne sait jamais si ce qu'il dit ou fait sera bien ou mal pris. Cette confusion mêlée d’anxiété ne permettra pas à l’enfant de faire confiance à sa/ses figures d’attachement tout en cherchant la satisfaction de ses besoins. Pour s’adapter il apprendra à moduler son comportement pour éviter les réactions négatives et obtenir l'autre versant : la satisfaction des besoins. Il tentera d’être très sage en faisant un effort intense pour satisfaire son/ses parents et en prenant parfois ce rôle de parent lui-même. Cette stratégie aura pour conséquence pour l'enfant un sentiment d'imposture mêlé de déception et de colère.

3 Attachement insécure désorganisé, craintif

L'attachement désorganisé est caractérisé par une relation où la/les figures parentales représentent à la fois une source de peur et une source de réconfort pour l'enfant de par leurs comportements imprévisibles et abusifs. L'enfant ressentira des mouvements amour/haine importants et peu élaborables.

Il en résultera une confusion entre approcher et éviter le/les parents. L'enfant ne pourra donc mettre en place aucunes stratégies cohérentes pour rester en lien avec son/ses parents. Il sera débordé par l'angoisse sans obtenir de soulagement à sa détresse.

Cette configuration est souvent associée à de la maltraitance et entrainera des difficultes à rentrer en relation par ailleurs.

4 Attachement sécure

L’attachement sécure est donc un attachement qui permettrait à l'enfant d'aller explorer le monde sans danger en sachant qu'il sera accueilli à son retour sans animosité. Ce lien est corrélé à la sensibilité des parents ainsi qu’au plaisir que ces derniers prennent à s’occuper de son enfant. La relation est stable, l'enfant connait le cadre dans lequel il évolue et peut interagir avec ces parents de façon cohérente et appropriée.

L'exploration du monde est facilité ainsi que la découverte de son univers interne notamment grâce à la possibilité d'exprimer ses émotions et de les comprendre.

Le style d'attachement a un impact sur notre position de vie. Cela est décrit en Analyse transactionnelle par les 4 positions de vie. Théorie développée par Eric Berne. 

Les 4 positions de vie

La façon dont on parle à nos enfants devient leur petite voix intérieure

- Peggy O'mara

C'est donc la faute aux parents?

Effectivement certaines théories psychanalytiques peuvent avoir cette lecture culpabilisante des parents notamment de la mère.

Hors une relation se construit à deux. Et le type d'attachement entre les parents et l'enfant dépends de nombreux facteurs : la grossesse, la naissance, les événements de vie ...

Chaque protagoniste interagit avec l'autre en fonction des enjeux présents pour lui dans la relation.

Pour l'enfant, des enjeux de survie (être aimer de façon inconditionnelle, être en sécurité physique et affective, comprendre son environnement, protéger les siens)

Pour l'adulte des enjeux propres à son histoire personnelle et ce que le statut de parent lui fait (re)vivre, ce qui est attendu par l'enfant...

Ce n'est donc pas la faute aux parents mais de leurs responsabilités de proposer à l'enfant un lieu sécure.

Il faut une très grande maturité pour être capable d’être parent, car cela implique d’ être conscient que ce n’ est pas une situation de pouvoir, mais une situation de devoir, et qu’ on n’a aucun droit à attendre en échange - Dolto

Comment restaurer le sentiment de sécurité?

Nous cherchons souvent dans la relation aux autres, notamment la relation amoureuse, ce lien de sécurité. Cependant, j'encourage toujours les personnes à ne pas attendre de l’extérieur des réponses à leurs souffrances internes. En tant que psychologue je vous invite évidemment à entamer une psychothérapie.

La thérapie aura pour but de travailler avec vous sur ces liens insécures et les conséquences sur votre vie d'adulte.

Comment la psychothérapie soigne le lien défaillant?

En proposant un lien d'attachement sain ou le patient aura la possibilité d’être accueilli et accepté de façon inconditionnelle, sans enjeu, attente, de la part du thérapeute. Ce lieu pourra donc être un lieu d'exploration des émotions censurées enfant. Le va est vient entre ce lieu sécure et l’extérieur permettra au patient de s'affirmer par rapport aux autres, de se découvrir et de s'accepter. Cette acceptation de soi, pourra lui permettre d'avoir une assise narcissique sécure et donc moins de peurs pour aller explorer le monde extérieur en toute sérénité.

Une fois cela acquis, le psychologue se doit de travailler la possibilité de séparation en encourageant le patient à distancer les séances et enfin, quand la patient est stable, proposer une fin de thérapie.

Article écrit par

Delphine Renard, psychologue intégrative

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